La dynastie des Diawara (1270 à 1754)

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L’origine des Diawara :
Selon les chroniqueurs Diawara signifie « le lion de Dia ». Leur origine réelle semble inconnue. Vingt un (21) patronymes dérivent de Diawara. Cependant, différentes légendes la relatent. Nous allons essayer de vous retracer ces origines légendaires telles que la tradition et les différents auteurs nous les rapportent.

Les traditions et les opinions diffèrent en ce qui concerne les origines des Diawara. Les unes leur prêtent des ancêtres arabes, d’autres israélites, d’autres encore leur attribuent une souche éthiopienne où en font tout simplement des Sarakollé. Le plus lointain parmi les ancêtres des Diawara auquel l’on puisse remonter, et dont toutes les légendes de ce peuple font mention, était un chasseur nommé Daman Guilé (Daman est le prénom ; Guilé veut dire le long ce qui signifie en définitive Daman le Grand).

Une première légende le présente comme le petit fils d’un général arabe du nom de Dioubourou Karnein originaire de Béni Israila. Il serait parti un beau jour à la tête de son armée vers le Soudan. Pendant la traversée du désert, son armée aurait subi une terrible agression. Blessé et seul survivant de la tragédie, il aurait réussi à gagner le Soudan septentrional où il se serait fixé et marié. Son fils aîné aurait été Moussa Moulmein qui aurait donné à son tour le jour au fameux Daman Guilé vers la fin du XIIIè siècle.

D’autre part, Siré Abbas Soh, dans sa chronique du Fouta Sénégalais nous présente Daman Guilé comme descendant d’Alexandre Le Grand, lui aussi sans doute influencé par les traditions orales.

Une autre légende, qui m’a été contée par plusieurs vieux griots et notables âgés, reconnaît le Kingui comme la patrie des ancêtres de Daman. Ce dernier aurait été chassé par les Soninké Niakhaté alors maîtres du pays. Il alla demander asile et protection à l’empereur du Mali qui l’aida, plus tard, à prendre possession de la terre de ses ancêtres d’où il avait été injustement chassé.

L’histoire du fondateur de la dynastie Diawara, Daman Guilé, est aussi fondée, sur les traditions orales plus ou moins incertaines. Elle a cependant l’avantage d’être répandue dans tout le Kingui et dans tout le cercle de Nioro, sous forme à peu près semblable, quoique plus ou moins incomplète.

Le tombeau de Daman Guilé est vénéré par tous les Diawara du Kingui. Ils y font chaque année des sacrifices de coqs blancs et de taureaux pour s’attirer la protection de l’ancêtre. Cette tombe se trouve à quelques centaines de mètres à l’est du petit village de Bambaguédé, sur un mamelon sablonneux ; elle n’est représentée que par un simple ovale de terre battue entouré de pierres plates enfoncées dans le sol. C’est un « Makananké » (personne dont le nom de famille est Kamissoko) du village qui en est le gardien. Il l’entretient fort mal d’ailleurs et ne prend que la peine de la désherber après chaque hivernage.

La dynastie des Diawara
Fié-Mamoudou, le premier des rois Diawara de Diara, fut un prince habile et puissant. Les Berbères du Tagant, ayant entendu dire que tous les pays se disputaient son alliance, lui envoyèrent une ambassade chargée de lui amener, en guise de présent, trois cent jeunes captives. L’ambassade arriva à Diara, alors que Mamoudou résidait encore à Toudougoumbé ou Touroungoumbé, village très voisin de Diara, où avait habité et où était mort son père Daman Guilé.

Le personnage le plus influent de la capitale, nommé Diabignè-Doumbé et qui passe pour être l’ancêtre de la famille des Kamara chez les Kagoro logea chez lui les ambassadeurs, fit asseoir les trois cent (300) captives sur la place publique et chargea son fils Patie- Makhan, ami personnel du nouveau roi, d’aller prévenir ce dernier. Fato-Makhan enfourcha son cheval aussitôt se rendit à Toudougoumbé et informa Mamoudou de l’évènement qui défrayait alors toutes les conversations, ajoutant que, parmi les trois cent captives des Berbères ; il en était une qui dépassait en beauté toutes les autres Mamoudou fut enchanté de la nouvelle et il s’apprêtait à réclamer cette jeune fille pour en faire son épouse, lorsque son principal conseiller, nommé Fakaloumpan ; lui dit à l’oreille : « N’épouse pas cette fille ; donne-la en mariage à celui qui t’a parlé d’elle et qui évidemment la désire ; tu trouveras facilement une autre femme et tu auras la paix. »

Le roi écouta cet avis et dit à Fato-Makhan qu’il lui offrait la belle captive : « Que te donnerai-je en échange ? demanda Fato-Makhan- Donne-moi Diara », répondit le roi qui savait que les partisans des Niakhaté étaient encore nombreux dans cette ville et que, tant qu’il ne pourrait y entrer en maître, son autorité demeurerait précaire. « Si je te donne Diara, reprit Fato-Makhan, comment te conduiras-tu vis-à-vis de moi et des miens ? -Ce que faisaient les Niakhaté, dit Mamoudou, je le ferai : comment se conduisaient-ils vis -à vis de sa famille ?-Selon la coutume établie. –J’accepte de faire de même. -Eh bien, conclut Fato-Makhan, je te remettrai le sabre royal et, si cela te plait, tu seras notre roi ; si cela ne te plait pas, tu demeureras un simple particulier et tu épouseras la belle captive ».

Etant ainsi tombé d’accord avec Mamoudou, Fato-Makhan retourna à Diara et raconta tout à son père. Celui-ci trouva de son goût l’arrangement intervenu et le fit accepter par tous les notables de Diara. Puis il alla lui-même chercher Mamoudou qui, alors seulement fit pour la première fois son entrée solennelle dans la capitale du royaume, escorté de ses guerriers et reçut le serment d’obéissance de tous les chefs.

L’empereur qui régnait sur le Tekrour, et qui appartenait à la dynastie des Sossé, ayant lui aussi entendu parler de la puissance de Mamoudou, expédia à son tour à Diara une ambassade. Ses envoyés furent éblouis de la richesse du roi et de la prospérité du pays et sur le rapport qu’ils en firent à l’empereur de Tekrour lors de leur retour au Fouta, celui-ci leva une armée pour aller piller Diara. Mamoudou marcha à la rencontre de l’expédition toucouleure, la mit en déroute et la poursuivit jusque sur les rives du Sénégal.

Comme il se préparait à regagner son royaume, il fut trahi par un de ses frères qui renseigna les Toucouleurs sur l’itinéraire qu’il devait suivre ; les ennemis lui tendirent une embuscade et réussirent à le tuer. Avant de rendre le dernier soupir, Mamoudou recommanda à Fato-Makhan, son fidèle lieutenant, de se rendre le plus vite possible à Diara, de prendre dans son magasin le sabre royal et de le suspendre à l’épaule de son fils Silla Makhan ; encore enfant, afin d’empêcher le traître de s’emparer du pouvoir. Fato-Makhan remplit sa mission consciencieusement, et Silla Makhan Diawara succéda à son père sur le trône de Diara. C’est sous son règne- qui se déroula à la fin du XIIè siècle et au début du XIVè siècle- que, vers l’an 1300, la ville de Nioro fut fondée par des Peulhs Diawambé que Mana-Maghan Niakhaté avait amenés du Kaarta au Kingui vers 1250. Silla-Makhan régna quarante ans et eut trente-sept enfants, dont quinze garçons. Son fils aîné Daman résidait auprès de son père à Diara et lui succéda après sa mort.

Les autres s’installèrent dans divers villages du Kingui ou même dans d’autres provinces du royaume, s’emparèrent du commandement de ces villages ou provinces et le transmirent à leurs descendants. C’est ainsi que l’un d’eux, nommé Bandiougou, s’établit à Yéréré ; un autre, Ouali se fixe à Toudougoumbé ; Faré s’installa à Bouli, Aissé à Mémédi, Samba à Diabigué, Mokoti à Diala (dans le nord du Kaarta), Dabo au Diagounté, etc.

Plusieurs quittèrent le royaume et allèrent fonder des villages Diawara au Boundou et au Fouta. Après Daman qui mourut sans doute vers 1350 ses descendants continuèrent à occuper le trône de Diara. Le royaume se maintint pendant quatre siècles, mais il ne constitue jamais un véritable empire comparable à ceux de Ghana, de Gao, de Mali, de Tekrour ou même de Sosso. Nous avons vu qu’il s’était trouvé plus ou moins directement englobé dans l’empire mandingue à l’époque de Soundiata (XIIIè siècle) ; dès les premières années du XVIè siècle, l’Askia Mohamed I étendit sa suzeraineté jusqu’au Kingui, et le royaume de Diara passa de la tutelle de Mali sous celle de Gao ; redevenu à peu près indépendant à la fin du même siècle, après la victoire du pacha Djouder sur l’Askia II, il ne devait pas tarder à être annexé à l’empire Bamana des Massassi. Ce furent des querelles de famille et des disputes au sujet de la préséance qui précipitèrent la décadence du royaume et furent l’occasion de sa ruine.

Les descendants directs de Daman, qui constituaient la branche aînée des Diawara, avaient reçu le nom de Sagoné ; les descendants de Dabo, frère de Daman, établis au Diagounté, formaient la branche des Dabora. Ces deux fractions ne tardèrent pas à devenir ennemies : les Dabora entraînèrent dans leur parti les descendants de Mokoti, établis à Diala, et voulurent, vers l’an 1450, forcer la main au souverain alors régnant pour qu’il désignât son successeur parmi eux ; ayant échoué dans leur dessein, ils résolurent d’employer la force et déclarèrent la guerre aux Sagoné.
Ceux-ci furent vainqueurs et obligèrent les Dabora à demeurer dans leur province. Trois siècles passèrent, sans que les haines des deux familles se fussent apaisées.

Vers 1750, il se trouva que le roi de Diara, chef des Sagoné, et son vassal le chef des Dabora étaient amoureux d’une même femme et se partageaient ses faveurs ; le premier était laid et ne se risquait que la nuit chez sa belle, craignant que celle-ci ne voulut plus de lui si elle venait à apercevoir son visage ; or une nuit, tandis que le roi était chez sa maîtresse, son rival s’introduisit dans la chambre des amants sous prétexte de reprendre une bague qu’il avait oubliée et il alluma du feu, soi-disant pour y voir clair mais en réalité pour rendre visible aux yeux de la femme la laideur du Sagoné. Celui-ci, d’autant plus furieux que la belle l’accabla de moqueries, jura solennellement que le feu allumé par la main du chef des Dabora ne s’éteindrait pas de sitôt, ce qui équivalait à une déclaration de guerre.

Les hostilités en effet s’ouvrirent peu après : les Dabora soutenus par les Maures Oulad Mbarek étaient sensiblement les plus forts, et les Sagoné appelèrent à leur secours l’empereur bamana du Kaarta, Sébé ou Sié Koulibali, qui n’attendait que cette occasion pour arrondir son domaine. Sébé tomba sur les Dabora, les vainquit, mais annexa le Diagounté au Kaarta au lieu de le restituer au roi Diara. Puis, sous prétexte de défendre le Kingui contre les Oulad Mbarek, dont la puissance devenait redoutable, il se porta jusqu’à Nioro, enleva le pouvoir aux Diawara et partagea ce qui restait du royaume de Diara en province relevant directement de son autorité (1754).
Comme nous le verrons en parlant de l’histoire des empires bamana, la lutte continua longtemps encore au Kingui entre les Diawara et les Bamana Massassi, et ce ne fut que sous le règne du dernier empereur du Kaarta, un siècle environ après la mainmise de Sébé Koulibali sur le royaume de Diara, que les Massassi furent définitivement vainqueurs des Diawara et installèrent leur capitale à Nioro (1816), pour en être chassés quelques années après par El Hadj Omar en 1854.

Extraits des écrits d’Amadou Ba et de Maurice Delafosse
Afribone.com

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